Votre vie vous appartient-elle ?

Votre vie vous appartient-elle ?

Après avoir revu le film « Un Heureux Événement », j'ai eu l'attention attirée par une phrase exprimée par l'héroïne du film, devenue maman, une phrase loin d'être si anodine que cela : « Désormais, ma vie ne m'appartenait plus ». Mon cerveau est parti instantanément en réflexion sur ce point, au sens plus élargi qu'à la seule maternité ou parentalité. Est-ce que j'ai sincèrement le sentiment que ma vie m'appartient ? A quel moment m'a-t-elle appartenu ou m'appartient-elle enfin, la quarantaine installée ? Et vous ? Votre vie vous appartient-elle ?

Ma réflexion est bien entendu basée sur mon histoire dès ma naissance jusqu'à ce jour. Mais si j'y réfléchis plus profondément et si j'observe mes patients lors des séances, je peux également me poser cette question et la leur poser, ce qui les place souvent dans l'embarras. Déjà que veut dire cette question ? En effet, nous nous sentons très influencés de toute part, par notre entourage et même plus par notre environnement. Enfant, nous devions conquérir nos parents pour s'assurer de leur amour et leur non-abandon (sans eux notre survie étant menacée) que ce soit lors d'absence de notre parent, plus particulièrement de notre mère, mais également à l'arrivée d'un puîné et lors de ce fameux Œdipe (Merci Me. Freud) dont on ne sort véritablement jamais. Enfant, nous devions convenir aux attentes des adultes, qu'ils soient parents, grands-parents, maîtres d'école. La peur étant si grande de décevoir ces adultes qui nous constituent encore, auxquels nous nous identifiions. Il y a les autres aussi, ces fameux autres dans les cours de récréation à conquérir, à séduire pour en être l'ami(e), être accepté. De quoi sommes-nous capables pour nous faire accepter lorsque nous sommes enfants ? Adolescents, l’ambiguïté ambiante nous pousse également à accepter ces influences tout en les repoussant, parfois violemment, tentant de nous trouver, différent, meilleur, plus fort que ce dont on veut bien nous faire croire. La réalité peut être alors parfois cruelle, tant la confusion nous perturbe et nous éloigne de notre potentiel. Or, ce potentiel est toujours là, encore et toujours. Jeune adulte, sommes-nous réellement nous-mêmes ? Ces regards qui se posent sur nous ne sont-ils pas cloisonnant, enfermant ? Avons-nous librement, psychologiquement parlant, choisi notre voie professionnelle ou subissons-nous encore ces influences ? Et que dire de notre vie amoureuse ? Cherchons-nous encore notre père ou notre mère dans nos amours ? Ne tentons-nous pas à travers ces rencontres de nous trouver enfin ou alors de reconstruire le milieu que nous venons de quitter ? Et que dire de l'éducation de nos enfants. Est-elle vraiment libre ? A quel moment devenons-nous nous-mêmes ?

Il faut du temps pour s'approcher de soi-même. Il faut pouvoir tout d'abord reconnaître quelles influences nous gouvernent pour pouvoir tout doucement, lentement s'en émanciper. Les reconnaître même si cela est agaçant, effrayant, apeurant souvent. Il est triste de constater que nous sommes parfois enfermés dans des diktats familiaux, remontant parfois à des générations anciennes (les femmes élèveront leurs enfants seules, cette famille souffrira de génération en génération de problèmes financiers, etc). Mais que dire alors des diktats sociaux. Vous sentez-vous libres de vivre dans cette société ? Que nous propose-t-elle cette société ? Un foisonnement d’électronique, témoignage du progrès exceptionnel de ces dernières décennies. La médecine en est une preuve et Dieu merci ! Des manières de vivre toujours plus sophistiquées avec des voitures qui se conduisent bientôt toute seules, qui nous disent comment rentrer chez nous (très pratique en cas d'alcoolémie massive), des smartphones qui nous permettent de nous connecter les uns aux autres (j'ai connu la période où ils n'existaient pas encore), la télévision du monde entier dans notre salon, pour autant que vous ayez la dernière version des écrans plats 3D, vous n'avez plus besoin d'aller au cinéma. J'ai envie de vous demander comment va votre voisin ? Savez-vous comment s'appelle-t-il ? Il n'est pas aisé de résister à tout ces propositions de vie nouvelles. Personnellement, j'adore voir un bon film au cinéma de mon quartier. Déjà, il est moins cher que dans les multiplex mais il fait vivre un artisan. Et surtout, il n'est pas entrecoupé de publicités, le plus grand fléau, à mon humble avis, qui influence notre vie. Le besoin est créé à chaque instant et surtout, notre société nous demande d'être zéro défauts. Pas de rides sinon personne ne voudra de vous. Être mince, musclé, beau, belle à tout prix sinon vous serez rejeté(e). La dernière technologie sinon vous serez un has been. La dernière voiture toutes options avec crédit à zéro pour cent, mais qui vous coûte un quart de votre salaire dans le meilleur des cas. Ainsi vous serez bien vu(e), accepté(e) par cette société. Cerise sur le gâteau, vous serez peut-être même envié(e). Le regard qui se posera sur vous sera enfin différent que celui qui vous coinçait dans une image trop étriquée de vous-mêmes. Enfin, c'est ce que l'on croit.

Alors, votre vie vous appartient-elle ? Vraiment ? Êtes-vous libres de vos choix ? Êtes-vous émancipés de vos parents, osez-vous êtres différents d'eux sans conflit de loyauté et sans culpabilité ? Avez-vous choisi votre voie et en êtes-vous satisfaits, voire même épanouis ? Êtes-vous attentifs à notre société de consommation, savez-vous tenir compte de la réalité de vos finances pour pouvoir dire non et assumer les frustrations qui en découlent ? Savez-vous résister aux tentations quelles qu'elles soient ? Savez-vous être vous ? Vous aimez-vous ? Qui êtes-vous ?

Je vous souhaite une belle rencontre avec vous-mêmes.

Cordialement,

Catherine Meyer

Psychanalyste et psychopraticienne

 

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