association de parents d'élèves

La tolérance

La tolérance Conférence APE Paluds-de-Noves

29 mars 2013


Introduction

Lorsque j'ai été contactée pour faire une conférence sur la tolérance, comme beaucoup de personnes, je me suis dit que la tolérance devait être une vertu, une philosophie de vie, une qualité. Être tolérant semble être essentiel pour vivre en société, un fait acquis pour construire une société diversifiée, riche et enrichissante. En effet, nous vivons dans un pays où nous pouvons avoir une culture différente, une foi différente, un physique différent. En est-on bien sûr d'être libres à ce point ? Je me suis donc penchée sur des écrits et j'ai effectué des recherches plus avancées. Certain(e)s d'entre vous seront peut-être surpris(es) d'apprendre qu'il n'en est rien. Bien entendu, être tolérant est une position souhaitée pour pouvoir vivre en société, essentiellement cosmopolite comme la nôtre. Mais j'ai surtout compris que pour la psychanalyse comme pour la philosophie, c'est une position qui va à l'encontre de notre nature vivante et que c'est plutôt une attitude à adopter et à faire adopter à nos enfants.


Définition : Dans son sens le plus général, la tolérance, du latin tolerare (supporter), désigne la capacité à accepter ce que l'on désapprouve, c'est-à-dire ce que l'on devrait normalement refuser. Au sens moral, la tolérance est la vertu qui porte à accepter ce que l'on n'accepterait pas spontanément, par exemple lorsque cela va à l'encontre de ses propres convictions. Toute liberté ou tout droit implique nécessairement un devoir de tolérance. La tolérance signifie « cesser de combattre ce qu'on ne peut changer ». Selon certains moralistes, la notion de tolérance est associée à la notion absolue de bien et de mal. La tolérance s'exerce lorsqu'on reconnaît qu'une chose est un mal, mais que combattre ce mal engendrerait un mal encore plus grand.


Cela laisse surtout à comprendre qu'il y eu une intégration de l'altérité, à savoir prendre en compte l'autre, s'ouvrir à l'autre. Nous verrons un peu plus tard dans cet exposé que l'altérité ainsi que l'empathie qui y est liée font partie de l'apprentissage et ne sont pas une caractéristique innée.

 

L'étranger :

Naturellement, ce qui est étranger, différent de nous est rejeté. Ce fait est plus clair lorsque nous nous penchons sur notre biologie. Ce qui est étranger à notre corps, ce dernier le rejette (greffon, microbes, bactéries, etc.) C'est de ce point de vue que nous pouvons déjà commencer à comprendre le fait contre-nature de la tolérance. Notre corps tolère un certain taux de bactéries, de microbes et les anticorps vont commencer leur travail lorsque la vie, la santé semble menacée.

 

Or, socialement parlant, il en est de même. Nous pouvons tout à fait tolérer ce qui est différent, les personnes qui pensent différemment, qui vivent culturellement parlant différemment, qui ont une morphologie ou une couleur de peau différente, tant que nous ne nous sentons pas menacés par cette différence, tant que nous nous sentons encore supérieur dans le groupe ou individuellement. Si je prends l'exemple de la religion, nous vivons dans un pays chrétien où la majorité des personnes sont de foi chrétienne. Tant que la suprématie de la chrétienté demeure, nous ne nous sentons pas menacés par les autres religions. Il suffirait que d'autres religions deviennent plus fortes par son nombre pour que l'intolérance se remette à se manifester, telle que quand nous étions enfant.

 

Sans vouloir choquer quiconque pour qui il est difficile d'imaginer l'enfant autrement que comme un être pur et sans défense, il convient ici de faire un petit rappel de l'évolution naturelle ou sociale plutôt de l'enfant.


L'enfant et sa sociabilisation :

Le nourrisson arrive sur terre, dans la vie, pur et sans intention. Il est vierge de toute manifestation bonne ou mauvaise. Or, vous l'avez constaté avec vos propres enfants, le nourrisson, pour pouvoir s'ouvrir au monde extérieur, doit être sollicité mais également doit éprouver des manques pour pouvoir entrer dans une forme de réalité. Il est entièrement, pendant la première année, tourné vers le principe de plaisir. Les premiers mois, son plaisir est tourné sur l'oralité, à savoir sur la bouche, et fait ainsi connaissance avec son monde à travers sa bouche. Les réponses adéquates ou non à ses demandes font qu'il va cliver ce « réel » en bon ou mauvais. Vous êtes bonne ou mauvaise mère selon que vous le rassasier à sa demande ou non, que vous le narcissisiez suffisamment par vos bons soins. Et il est important qu'il puisse se
confronter au réel car ainsi il va apprendre à gérer vos absences, à apprendre à attendre,  à apprendre les frustrations. On le constate que cet apprentissage n'est pas facile pour lui. Bien souvent, il ne tolère pas cette attente car effectivement, il se sent menacé de mort si on l'oublie et si on ne s'occupe plus de lui. Il  faudrait toutefois répondre de manière rassurante sans répondre immédiatement, ne pas anticiper ses demandes sous peine qu'il devienne un petit dictateur en puissance. C'est ce que l'on appelle nous en psychanalyse, la toute puissance du nourrisson. Dès lors qu'il intègre petit à petit l'attente dans ses demandes, il commence à apprendre à s'auto-materner, à s'auto-gérer grâce entre autre au doudou. Et la route est longue...


Puis une autre phase s'amorce et tous vous le reconnaîtrez, c'est une phase assez éprouvante car l'enfant commence à s'affirmer et de manière assez ferme. C'est une identité en devenir. Il commence à intégrer les interdits, le non en le répétant à tout va et pouvoir ainsi reprendre un peu de puissance, de pouvoir. On le constate également lors de l'apprentissage de la propreté. Il donne ou ne donne pas. Et on le constate en cabinet de psy lorsque l'enfant souffre d'énurésie ou d'encoprésie qu'il y a une régression à un stade antérieur car il n'a pas assez intégré d'auto-maternage (de narcissisme) et va ainsi forcer son entourage à le remettre au centre des attentions pour ainsi se sentir à nouveau materné et tout-puissant. Cela fait d'ailleurs souffrir également les parents.


Vous l'avez remarqué ? L'autre n'existe pas encore à ce stade et c'est au moment de l’œdipe, entre 3 et 5-6 ans que l'enfant va comprendre, assez douloureusement il est vrai, que le centre du monde n'est pas lui, qu'il n'est pas l'amoureux ou l'amoureuse de maman et de papa et que, comme ces deux traîtres aiment quelqu'un d'autre que lui, il a le droit d'aimer en dehors de la famille. La fratrie, la famille au sens élargie et puis l'école, la primaire qui va commencer. Les sollicitations deviennent différentes, angoissantes même. Si il n'a pas compris que les autres avaient des désirs autres que lui, des plaisirs autre que lui et des besoins autre que lui, il va vite le comprendre par l'autre. L'égocentrisme de l'enfant va s'atténuer pour pouvoir commencer à prendre en compte l'autre dans ses choix de jeux, sa position sociale.


Je reprends ici les paroles d'une ado, Louna, 16 ans, chère à mon cœur : « L'enfance est cruelle, les différences ne sont pas acceptées, tout ce qu'il ne connaît pas, il va critiquer, par peur du jugement, alors qu'à l'adolescence, on juge moins, on accepte plus les différences, on a envie de cette différence, d'être différent, de se démarquer, d'être vu, entendu. » Je me rappelle qu'en primaire, il y avait un garçon un peu rondouillet. Il s'appelait Marc. Pendant les trois ans où nous étions ensemble, nous les filles l'avons repoussé car nous le trouvions gros, donc moche, donc pas digne d'intérêt. Oui Louna a bien raison, l'enfance est cruelle et naturellement intolérante face à ce qui est différent. Parce que l'enfant s'est identifié et l'identification continue jusqu'à l'adolescence. Je ne dis pas ici que les parents sont intolérants et que les enfants le sont par conséquent mais bien plutôt que l'enfant est identifié à une famille, un groupe et tout ce qui ne ressemble pas à ce groupe est rejeté. Le malheur à mon époque était de devoir porter des lunettes. Heureusement pour vos enfants, Harry Potter existe !

 

A l'enfance nous créons notre identité sur notre sphère familiale, ce que nous connaissons et éprouvons l'extérieur. A l'adolescence, nous cherchons au contraire à nous dés-identifier des imagos parentaux. Nous cherchons à être différents, à aller dans la différence. Nous cherchons une appartenance à un groupe autre que la sphère familiale, bien souvent au détriment de la santé nerveuse de nos parents. La tolérance des parents est ici mise à l'épreuve. Mais nous entendons souvent des ados donner des leçons de morales très intéressantes aux adultes. Ils sont ouverts, curieux, généreux, altruistes, idéalistes, rebelles bien entendu face à la loi, donc au père et à la mère si elle l'a représentée, agressifs et intolérants quand ils ne sont pas considérés, entendus, acceptés, tolérés... C'est que vous avez fait du bon boulot Mesdames et Messieurs si vos enfants peuvent éprouver les valeurs que vous leur avez inculquées dans le monde extérieur. C'est qu'ils ont su vous prendre comme modèle pour pouvoir ainsi vous rejeter et devenir leur propre modèle. C'est qu'ils peuvent amorcer leur propre identité, identité sexuelle qui est souvent éprouvée avec les deux genres avant de choisir une voie plutôt qu'une autre. Les ados éprouvent non pas une homosexualité mais une bisexualité qui va la plupart du temps être très passagère. Et on les voit vivre cela le plus naturellement possible entre eux, parfois ou souvent caché aux parents pour ne pas les peiner, parce qu'ils ont une vie privée maintenant, une intimité. J'invite les parents à ne pas s'alarmer si ils sont inquiets de ce passage et à faire preuve d'une grande tolérance.


Aujourd'hui, heureusement, nous pouvons tolérer des différences qui semblent valoir de soit. Pourquoi ? Parce que la morale ne fait plus autant partie de nos éducations, les principes gnostiques n'étant plus autant au cœur de nos familles. Nous voyons donc l'homosexualité comme, non plus un phénomène lié au diable, mais plutôt une intimité différente. Nous avons vu avec le temps que l'homosexualité n'était pas contagieuse et n'était dès lors pas menaçante. Elle fait toujours autant parler de nos jours avec le débat en cours sur le mariage pour tous et l'adoption pour les couples homosexuels. Tolérance ou acceptation ? Nous pouvons très bien faire ici une différence entre accepter l'homosexualité d'une personne mais ne pas tolérer qu'elle puisse se marier ou adopter. Cela veut dire que nous acceptons la différence mais nous ne désirons pas qu'elle devienne une normalité. C'est le fait de se marier et d'adopter qui vient menacer la famille et l'enfant tels que nous les imaginons encore aujourd'hui dans notre société française. Dans d'autres sociétés, l'homosexualité est inadmissible alors que pour d'autres, ils sont nos égaux devant la loi et dans la famille. Nous parlons ici de valeurs familiales et de recherches de la vérité.

 

La tolérance et le pouvoir :

Par ailleurs, la tolérance traduit son attitude comme étant le respect d'autrui: or tout respect suppose une égalité de droit alors que la tolérance sous-entend la supériorité - et donc l'inégalité. Tolérer, c'est faire en sorte que l'autre dépende de moi, de ma bonne volonté à son égard. Elle apparaît alors plutôt, comme l'affirme Sartre dans L’Être et le Néant, comme la négation de la liberté de l'autre, puisqu'à travers une telle attitude, je fais de ma liberté la condition de la sienne.

 

La tolérance et le territoire est également une notion intéressante à développer. Lorsque nous sommes intégré à un territoire, l'autre qui s'y installe vient restreindre notre territoire. Nous pouvons ici parler de voisinage, de colocation, de vie commune... Chacun vit un moment de transition lors duquel il doit trouver ou retrouver sa place. Cette transition, ce changement a un rythme personnel avant que la « menace » s'apaise et que le calme revienne. Une communication efficace est ici préconisée afin d'éviter tout malentendu. Ex. un couple qui s'installe ensemble avec des attentes bien évidemment personnelles, un voisinage nouveau amenant des sons nouveaux... Mais bien évidemment un travail sur soi pour tolérer ce changement et ne plus se sentir menacé sur notre territoire.


A quoi sert la tolérance :

On peut donc ici tout naturellement se pose la question « A quoi sert donc la tolérance » ? A nous enrichir culturellement, idéologiquement parlant, à nous ouvrir aux autres, à éviter l'intégrisme, l'égocentrisme et toutes les dérives qui mènent à la plus complète intolérance et peuvent générer des guerres, des morts, des attentats, voire des génocides de ceux qui nous font peur et qu'il faut donc détruire. L'histoire a un nombre incalculable d'exemples d'intolérance que ce soit au sujet de territoire et de conquête, d'intégrisme et de religion nouvelle que l'on jugeait menaçante...


Enfin, nous pouvons ici également réfléchir à la tolérance vis-à-vis de soi-même. Nous pouvons remarquer des enfants et des adultes qui sont sévères avec eux-mêmes, qui sont critiques et qui se pardonnent difficilement. L'explication est quand on a un surmoi trop fort, qu'on a un surmoi trop dictateur. Le surmoi étant la loi que nous avons intégré, le parent vis-à-vis de soi-même et que nous avons interprété, dans ce cas précis, comme intolérant face à l'imperfection. Ici, être tolérant envers ses erreurs, le changement de son corps, s'accepter soi-même avec ses fragilités est un acte de paix, d'ouverture à la différence face à ce qu'on ne peut changer (le fait de grandir, de vieillir, le passé...) et une possibilité d'apprécier, d'apprendre à évoluer avec ces différences.


On l'a vu dans cet exposé que la tolérance c'est pouvoir prendre en compte l'autre dans sa/ses différence(s) mais sans l'accepter entièrement,


De la tolérance, nous devrions avancer vers l'acceptation. Ce qui implique que nous ne nous sentions plus menacés par la différence, quelle qu'elle soit, et que nous ayons donc une confiance en soi suffisamment construite.

 

Comment avoir suffisamment confiance en soi ? Ceci est une autre histoire, un autre débat...

 

Siret N° 511 258 477 00021 - APE 8690F